#Le Palais-Royal, ou la beauté d'un contraste
Il y a peu d'endroits à Paris où l'on traverse autant de siècles en quelques pas. Le Palais-Royal, c'est cela : une cour pavée silencieuse à deux pas de la rue de Rivoli, des galeries à colonnes qui sentent encore le tabac d'un autre siècle, et au centre, deux cent soixante colonnes de marbre rayé noir et blanc plantées dans le sol comme un défi.
#Un palais né dans l'ombre du Louvre
Richelieu fait construire son hôtel particulier ici entre 1633 et 1639. À sa mort, en 1642, il le lègue à Louis XIII — qui n'en aura pas le temps de profiter. Le bâtiment passe alors à Anne d'Autriche, puis au duc d'Orléans, frère de Louis XIV. C'est sous ce dernier que le palais prend son ampleur actuelle : trois ailes encadrant un jardin de quatre hectares, des galeries marchandes en arcades.
À la fin du XVIIIᵉ, le Palais-Royal devient le cœur battant de Paris. Cafés, théâtres, libraires, maisons de jeu — la révolution s'y discute autant qu'elle s'y prépare. Camille Desmoulins y prononce son fameux discours du 12 juillet 1789, debout sur une table du Café de Foy, deux jours avant la prise de la Bastille.
#La provocation de Buren, 1986
Quand Jack Lang, ministre de la Culture, commande à Daniel Buren une œuvre pour la Cour d'Honneur, Paris ne s'attend pas à ça. Les Deux Plateaux — c'est le nom officiel de l'installation — recouvre la cour de 260 colonnes de marbre rayé, de hauteurs différentes. Certaines émergent à peine du sol, d'autres atteignent deux mètres. Au-dessous, l'eau circule dans des grilles métalliques que l'on aperçoit entre les colonnes.
La polémique est immédiate. « Une horreur pour le patrimoine », écrivent les journaux. Un référendum est même évoqué. Quarante ans plus tard, c'est devenu l'un des coups de génie urbains du siècle — les gamins jouent à sauter de colonne en colonne, les touristes photographient sans relâche, et le contraste avec l'architecture classique reste saisissant. Buren l'a voulu ainsi : ses colonnes ne s'opposent pas au palais, elles dialoguent avec lui.
#Nos conseils pratiques
Le matin tôt — 8 h, 9 h — la cour est presque vide. La lumière rase les colonnes et l'effet visuel est à son apogée. À éviter : le milieu d'après-midi en été, où les groupes touristiques saturent l'espace et empêchent de prendre le temps.
Le jardin du Palais-Royal, au nord de la cour, mérite qu'on s'y assoie une heure. Les tilleuls taillés en rideau, les bancs de pierre, le silence — c'est l'un des jardins les plus mélancoliques de Paris. Colette y a vécu les dernières années de sa vie, au-dessus des arcades, et il s'en dégage encore quelque chose de littéraire.
Au passage, ne ratez pas la galerie Vivienne, juste à côté (entrée rue des Petits-Champs) : une des plus belles galeries couvertes du XIXᵉ siècle, mosaïques au sol, librairie ancienne, salon de thé À Priori Thé.
Pour le déjeuner : Café Marly sous les arcades du Louvre (vue sur la pyramide, prix musée), ou plus discret, Le Verre Volé sur Mer rue Montpensier (huîtres, vins nature). Pour le tea-time, Kitsuné Café à quelques pas — torréfaction japonaise, salades du jour soignées.
#Repères
- Adresse : Place du Palais-Royal, 75001 Paris
- Métro : Palais Royal — Musée du Louvre (1, 7)
- Accès : cour et jardin en accès libre, 24 h / 24, gratuit
- Œuvre : Les Deux Plateaux, Daniel Buren, 1986 (260 colonnes de marbre)
- À voir autour : Galerie de Valois (côté est), Galerie d'Orléans (centrale), Comédie-Française (entrée sud)