Les chevaux fantômes de Skagafjörður

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Dans les vallées isolées de Skagafjörður, au nord de l'Islande, des troupeaux de chevaux islandais errent librement sous la lumière rasante de l'automne. Une rencontre silencieuse avec ces animaux emblématiques, entre brume et paysages minéraux.
Par La rédaction
3 min de lecture
Infos pratiques vérifiées en juillet 2026
Skagafjörður s’étire comme une cicatrice entre les montagnes du nord de l’Islande, une vallée large et déserte où le vent sculpte les herbes folles depuis des siècles. Ici, les chevaux ne sont pas des animaux de ferme ordinaires : ils font partie du paysage, aussi indissociables des collines pelées que les rochers moussus ou les rivières glacées qui dévalent des hauteurs. On les aperçoit d’abord comme des silhouettes mouvantes, des taches claires ou sombres qui se découpent sur l’horizon gris-bleu. Puis, en s’approchant, on distingue leurs crinières épaisses, leurs robes souvent grises ou alezanes, et cette allure à la fois fière et nonchalante, comme s’ils savaient qu’ils sont chez eux.
La région est l’un des berceaux de la race islandaise, élevée ici depuis plus de mille ans. Ces chevaux, petits mais robustes, ont été façonnés par le climat rude et l’isolement : ils résistent aux tempêtes, se contentent de peu, et possèdent cette fameuse cinquième allure, le tölt, qui les rend si particuliers. En automne, quand les jours raccourcissent et que la lumière rasante donne aux collines des reflets dorés, les troupeaux semblent sortir de nulle part. Ils errent librement, sans enclos, sans bergers, comme s’ils obéissaient à un rythme ancien, dicté par les saisons et les pâturages.
C’est en fin de journée que Skagafjörður révèle toute sa magie. Le soleil, bas sur l’horizon, allonge les ombres et teinte les vallées d’une lueur cuivrée. Les chevaux, alors, semblent presque irréels : leurs silhouettes se détachent sur un fond de montagnes lointaines, souvent voilées par la brume qui monte des rivières. Parfois, l’un d’eux s’arrête et tourne la tête vers vous, comme s’il vous jaugeait avant de reprendre sa marche lente. Il n’y a pas de cris, pas de hennissements bruyants – juste le souffle du vent et le crissement des sabots sur les cailloux.
La lumière d’automne est particulière en Islande : elle est à la fois douce et intense, comme si elle traversait plusieurs couches d’atmosphère avant de toucher le sol. Elle accentue les contrastes entre les herbes jaunies, les rochers noirs et les plaques de neige résiduelle qui persistent dans les creux. Les chevaux, eux, semblent absorbés par ce décor. Certains broutent paisiblement, d’autres se roulent dans l’herbe sèche, indifférents aux rares visiteurs qui s’arrêtent pour les observer. Il y a quelque chose de presque sacré dans ces moments, comme si le temps s’était suspendu.
Skagafjörður n’est pas un simple décor : c’est un territoire où les chevaux islandais sont élevés depuis des générations, souvent par les mêmes familles. La race, pure depuis l’époque des Vikings, est protégée par des règles strictes : aucun cheval étranger ne peut être importé en Islande, et ceux qui quittent le pays ne peuvent plus y revenir. Cette politique a préservé leur caractère unique, mais aussi leur lien avec la terre.
Les visiteurs viennent ici pour une raison simple : voir ces animaux vivre en liberté, dans un paysage qui semble hors du temps. Il n’y a pas de spectacle organisé, pas de balades à cheval obligatoires (même si c’est possible dans les fermes alentour). Juste des troupeaux qui vont et viennent, comme ils l’ont toujours fait. En automne, la saison des foins est terminée, et les chevaux sont laissés en liberté dans les vallées jusqu’aux premières neiges. C’est le moment où ils sont le plus visibles, le plus présents – comme s’ils profitaient eux aussi de ces dernières semaines de calme avant l’hiver.
Pour les photographes, c’est un paradis : la lumière rasante, les contrastes de couleurs, et ces animaux qui semblent posés là comme des éléments du décor. Mais même sans appareil photo, Skagafjörður marque les esprits. Il y a quelque chose de profondément apaisant à observer ces chevaux, à les voir évoluer dans un environnement qui semble fait pour eux. Comme si, en les regardant, on comprenait un peu mieux ce que signifie vivre en harmonie avec une terre aussi rude que magnifique.
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