De Wallen
De Wallen, Amsterdam

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De Wallen, Amsterdam

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Le quartier rouge d'Amsterdam, entre histoire médiévale, ambiance unique et contradictions sociales — un lieu où se croisent touristes, travailleurs du sexe et habitants depuis des siècles.
Par La rédaction
4 min de lecture
Infos pratiques vérifiées en août 2026
De Wallen, souvent réduit à son image de quartier rouge, est avant tout un morceau d’Amsterdam médiévale, niché au cœur de la ville entre les canaux Oudezijds Achterburgwal et Oudezijds Voorburgwal. Ses ruelles étroites, pavées de briques usées par les siècles, serpentent entre des maisons à pignons du XVIIe siècle, penchées comme si elles chuchotaient des secrets. Ici, l’eau des canaux reflète les enseignes lumineuses des vitrines, créant une atmosphère à la fois feutrée et électrique. Le quartier s’est développé au Moyen Âge comme un port intérieur, où les marins et les marchands se mêlaient aux artisans et aux prostituées — une mixité qui a survécu jusqu’à aujourd’hui. Les hofjes, ces cours intérieures cachées derrière des portes discrètes, rappellent que De Wallen fut aussi un lieu de charité et de vie communautaire. En journée, on y croise des familles qui habitent encore ces maisons anciennes, des étudiants en route vers l’université voisine, et des touristes armés d’appareils photo, cherchant à capturer l’âme d’un quartier qui résiste aux clichés.
C’est le soir que De Wallen révèle sa singularité. Les vitrines s’allument une à une, éclairant des femmes en lingerie qui attendent derrière des vitres, séparées du trottoir par un simple rideau. L’ambiance est à la fois théâtrale et crue : des néons roses ou bleus dessinent des silhouettes, tandis que des groupes de visiteurs déambulent, certains gênés, d’autres amusés, beaucoup silencieux. Les coffee shops voisins, où l’odeur douceâtre du cannabis se mêle à celle des canaux, ajoutent une touche de contre-culture à ce décor. Pourtant, derrière cette façade touristique, le quartier est aussi un lieu de travail pour des milliers de personnes, majoritairement des femmes, qui louent ces vitrines à prix d’or. Les prix varient selon l’emplacement — les rues les plus passantes, comme Oudezijds Achterburgwal, sont les plus chères — et les conditions de travail restent précaires, malgré la légalisation de la prostitution en 2000. En 2023, la municipalité a annoncé un plan pour réduire le nombre de vitrines, officiellement pour lutter contre la criminalité et le tourisme de masse, mais aussi pour « normaliser » le quartier. Une décision qui divise : certains y voient une avancée sociale, d’autres une menace pour l’identité d’un lieu qui attire des millions de visiteurs chaque année.
Pour comprendre De Wallen, il faut sortir des rues les plus fréquentées. En s’éloignant des vitrines, on tombe sur des cafés historiques comme Café ’t Smalle, ouvert en 1786, où les locaux sirotent une bière en regardant les péniches passer. Plus loin, l’Oude Kerk, la plus vieille église d’Amsterdam (XIIIe siècle), trône au milieu du quartier, comme un rappel que De Wallen fut d’abord un lieu de culte avant de devenir un symbole de tolérance. Ses vitraux colorés et son orgue baroque contrastent avec l’agitation des rues voisines. Le soir, des concerts y sont parfois organisés, attirant une foule mélangée, loin de l’image stéréotypée du quartier. Autre surprise : le Museum of Prostitution, installé dans une ancienne vitrine, qui raconte l’histoire de la prostitution aux Pays-Bas à travers des témoignages et des objets. C’est un lieu rare, où les visiteurs peuvent poser des questions et écouter des récits de travailleuses du sexe, brisant ainsi les tabous. Enfin, ne manquez pas le Condomerie, une boutique spécialisée dans les préservatifs, où l’humour néerlandais se mêle à un message de prévention. Ses vitrines colorées et ses produits originaux (comme les préservatifs « Amsterdam » aux couleurs de la ville) en font une adresse insolite, bien loin des clichés grivois.
De Wallen est aujourd’hui à un tournant. La municipalité d’Amsterdam, soucieuse de réduire l’impact du tourisme de masse, a lancé plusieurs projets pour « rééquilibrer » le quartier. Parmi eux, la fermeture de certaines vitrines et la transformation de rues entières en zones piétonnes, avec des terrasses de cafés et des boutiques d’artisans. L’objectif ? Faire de De Wallen un lieu plus « habitable » pour ses résidents, tout en préservant son caractère unique. Ces changements suscitent des débats houleux : certains habitants et travailleurs du sexe craignent une gentrification qui chasserait les populations les plus précaires, tandis que d’autres y voient une opportunité de redonner au quartier une dimension culturelle et sociale. Une chose est sûre : De Wallen ne sera plus jamais le même. En 2024, un nouveau pont piéton, le Pont des Amoureux, a été inauguré pour relier les deux rives du Oudezijds Achterburgwal, symbolisant cette volonté de reconquête. Pourtant, malgré ces transformations, le quartier garde une atmosphère indéfinissable, entre nostalgie et modernité, où chaque ruelle semble raconter une histoire différente. Que l’on vienne pour ses vitrines, son histoire ou simplement pour flâner, De Wallen reste un lieu où l’on se sent vivant — et où l’on comprend, peut-être, ce que signifie la tolérance à la néerlandaise.
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